Fermez les yeux un instant. Imaginez l’odeur du beurre salé qui grésille dans le four, la porte que l’on ouvre, la vapeur sucrée qui s’échappe, et ce far breton tout doré qui gonfle doucement. Ce n’est pas seulement un dessert. C’est un morceau de Bretagne, un souvenir de grand-mère qui revient dans la cuisine.
Un far breton tout simple… mais qui fait chavirer
Le far breton de grand-mère, dans sa version nature, sans pruneaux ni pommes, est d’une simplicité presque désarmante. Pas besoin de dizaines d’ingrédients. Juste ce qu’il faut pour obtenir un flan-gâteau épais, doré sur les bords et fondant au centre.
On est à mi-chemin entre le flan, le clafoutis et le gâteau de lait. En sortant du four, il est bien gonflé, presque fier. Puis, en refroidissant, il retombe un peu, se tasse, devient dense, tendre, moelleux. C’est exactement ce que l’on recherche. Le charme du far, c’est ce contraste entre la croûte caramélisée et le cœur fondant.
Et derrière cette apparente simplicité, il y a un vrai secret de famille. Une histoire de chaleur, de beurre bouillant et de patience. Une fois que vous aurez compris ces gestes, ce far pourra devenir votre dessert de référence, celui que l’on vous réclame encore et encore.
Les ingrédients pour un far breton fondant au beurre salé
Pour un grand plat rectangulaire d’environ 30 × 20 cm (6 à 8 personnes) :
- 200 g de farine de blé (type T45 ou T55)
- 200 g de sucre en poudre
- 2 sachets de sucre vanillé (15 à 20 g au total)
- 4 œufs moyens
- 50 cl de lait entier bien froid
- 50 g de beurre salé pour la pâte
- 20 à 30 g de beurre salé pour le plat et la croûte
Vous pouvez utiliser du lait demi-écrémé, mais le lait entier donne ce côté onctueux qui fait vraiment la différence. Pour le beurre, un beurre salé breton ou un bon beurre demi-sel avec cristaux est idéal. Les petits grains de sel craquent légèrement sous la dent et apportent un parfum de noisette irrésistible.
La vraie méthode de grand-mère : le plat brûlant et le beurre qui chante
Ce qui rend ce far breton ultra fondant si spécial, ce n’est pas seulement la liste des ingrédients. C’est surtout un geste clé : verser une pâte bien froide dans un plat très chaud nappé de beurre presque noisette. Ce choc thermique donne une bordure caramélisée, un dessous légèrement crousti-fondant, et un cœur moelleux.
1. Préparer le plat et faire chauffer le beurre salé
- Préchauffez votre four à 230 °C, en chaleur traditionnelle si possible.
- Coupez en morceaux 70 à 80 g de beurre salé au total (50 g pour la pâte, 20 à 30 g pour le plat).
- Déposez-les directement dans un grand plat à gratin d’environ 30 × 20 cm.
- Glissez le plat au four. Laissez le beurre fondre, puis mousser légèrement et commencer à dorer.
Surveillez bien cette étape. Le beurre doit devenir couleur noisette, pas brun foncé. Lorsque l’odeur rappelle la brioche ou la noisette grillée, c’est le bon moment. Si vous attendez trop, il brûle, et tout le goût du far change.
2. Mélanger la pâte sans grumeaux
- Dans un grand saladier, versez 200 g de farine, 200 g de sucre et les 2 sachets de sucre vanillé.
- Mélangez à la cuillère ou au fouet pour répartir les sucres dans la farine.
- Ajoutez ensuite les 4 œufs, un par un, en fouettant bien entre chaque. Vous devez obtenir une pâte assez épaisse et homogène.
- Versez ensuite 50 cl de lait entier bien froid, en deux fois, en fouettant sans arrêt.
La pâte doit ressembler à une pâte à crêpes épaisse. Si vous voyez encore quelques grumeaux, fouettez plus vivement ou passez la pâte à travers un chinois. Plus la pâte est lisse, plus le far sera délicat en bouche.
3. Verser la pâte dans le beurre brûlant
- Lorsque le beurre dans le plat est bien chaud et mousseux, sortez délicatement le plat du four.
- Inclinez le plat pour que le beurre nappe bien le fond et les bords.
- Versez aussitôt la pâte froide dans ce plat brûlant.
Vous verrez le beurre remonter sur les côtés et par endroits à la surface. C’est exactement le résultat recherché. À la cuisson, ce mélange va former cette croûte brillamment dorée, signature des vrais fars de grand-mère.
4. La cuisson idéale pour un far doré et fondant
- Réduisez la température du four à 210 °C.
- Placez le plat sur la grille du milieu.
- Laissez cuire environ 30 à 35 minutes, selon la puissance de votre four.
Le far est prêt lorsque les bords sont bien brun doré, le dessus gonflé, et le centre encore légèrement tremblotant lorsque vous secouez doucement le plat. Il finira de se raffermir en refroidissant. Si le dessus colore un peu trop vite, couvrez-le en fin de cuisson avec une feuille de papier cuisson posée simplement dessus.
Comment le servir pour le rendre vraiment irrésistible
Le far breton nature se déguste de deux façons. Tiède ou bien froid. Tiède, il est encore un peu crémeux, presque coulant au centre. Froid, il devient plus compact, se découpe bien proprement en carrés ou en rectangles généreux.
Quelques idées pour le sublimer :
- Le couper en gros carrés rustiques, façon goûter de campagne.
- Le servir avec un verre de cidre brut bien frais ou une tasse de thé léger.
- Ajouter, pour les amateurs, une cuillerée de crème fraîche épaisse sur le dessus.
- Ou encore quelques tranches de pommes juste poêlées au beurre, posées à côté.
Il se conserve très bien au réfrigérateur pendant 2 à 3 jours. La texture devient alors encore plus ferme, presque comme une crème solidifiée. Vous pouvez le réchauffer doucement à 120 °C pendant 8 à 10 minutes pour retrouver un fondant plus marqué.
Les petits secrets de grand-mère pour un far inoubliable
Un far breton réussi ne demande pas de technique compliquée. Il demande surtout de la précision sur quelques détails que l’on ne trouve pas toujours dans les livres de recettes.
- Préférez toujours du lait entier. C’est lui qui apporte la texture veloutée.
- Ne réduisez pas trop le sucre. Il ne sert pas seulement à sucrer, il aide aussi à la caramélisation.
- Respectez le choc thermique : pâte froide, plat très chaud, beurre fumant.
- Laissez le far reposer au moins 20 à 30 minutes avant de le couper, pour qu’il se tienne bien.
- Utilisez un plat que vous connaissez bien. En verre ou en céramique épaisse. La cuisson sera plus régulière.
Et puis, il y a tout ce que l’on ne pèse pas. Le bruit du beurre qui crépite. L’odeur qui envahit le salon. Le couteau qui racle légèrement le fond du plat pour récupérer la partie la plus caramélisée. Ces petits riens transforment une simple pâte en vrai dessert de maison.
Un dessert de mémoire… qui va devenir votre classique
Ce far breton de grand-mère au beurre salé, sans fruits ni décor, a quelque chose de désarmant. Il est humble, mais il marque la mémoire. On le prépare sans robot, sans matériel sophistiqué, avec ce que l’on a déjà dans les placards.
Une fois que vous aurez essayé cette version, avec le plat brûlant et le beurre qui chante, il y a fort à parier qu’elle reviendra souvent chez vous. Pour les goûters du mercredi, les repas du dimanche, les retrouvailles entre amis. Et à force, qui sait, ce far-là ne sera plus seulement celui de votre grand-mère bretonne imaginaire. Il deviendra votre recette à vous, celle que vous transmettrez à votre tour.








